ALLOCUTION
DE XAVIER DARCOS, MINISTRE DÉLÉGUÉ
À L'ENSEIGNEMENT SCOLAIRE
Lors
de la 42e session du Conseil d'orientation et
de perfectionnement du CLEMI, mardi 10 décembre
2002, Monsieur Xavier DARCOS, ministre délégué
à l'enseignement scolaire, a signé
une convention unissant France 5 et le Clemi.
Voici le texte de l'allocution qu'il a prononcé
à cette occasion.
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Mesdames
et Messieurs,
Je
suis très heureux d'être parmi vous, à
l'occasion de la signature de cette importante convention
qui va désormais unir France5 et le CLEMI, c'est-à-dire
deux institutions qui partagent un même objectif d'éducation
des jeunes et d'éveil de leur sens critique, et dont
le partenariat ne peut être que fructueux.
Je
voudrais profiter de cette occasion pour rendre tout d'abord
hommage à l'action et au rôle qui sont les
vôtres, Mesdames et Messieurs, au sein du Conseil
d'orientation et de perfectionnement du CLEMI.
Lorsque
cet organisme a été créé, il
est d'emblée apparu que, compte tenu de son positionnement
original dans l'institution, son travail devait être
validé par une instance autonome, pluraliste, pleinement
représentative des courants en présence et
ouverte à l'ensemble des familles d'esprit. C'est
ce qui a conduit à la création de votre Conseil
et a aussitôt permis à des partenaires particulièrement
actifs du monde des médias comme aux différents
acteurs et usagers du système éducatif de
collaborer, de proposer, d'inventer, dans un cadre souple,
respectueux de toutes les sensibilités.
De
plus, ce cadre se trouvait élargi à l'ensemble
des ministères concernés dont les représentants
ont contribué, par la diversité et la complémentarité
de leurs compétences, à accroître encore
la richesse de vos débats et de vos travaux, ce dont
attestent les comptes-rendus de vos séances bi-annuelles.
Je
tiens donc à saluer le travail extrêmement
rigoureux que vous avez accompli et qui a permis d'introduire
l'information, écrite ou audiovisuelle, dans la classe
- sujet ô combien sensible et délicat - avec
toutes les garanties de neutralité et d'objectivité.
J'en
reviens maintenant à la convention qui va être
signée aujourd'hui. Je me réjouis pour ma
part de voir s'établir entre France 5 et l'Education
nationale un partenariat renforcé. Je crois que ces
deux institutions avaient une vocation naturelle à
établir entre elles une synergie, de par la priorité
qu'elles accordent toutes deux à l'éducation
à l'image.
Nous
savons tous ici la place majeure qu'occupe France 5 en matière
d'émissions pour la jeunesse, puisque cette chaîne
offre aujourd'hui plus de 60% des programmes d'information,
des magazines ou des documentaires destinés aux enfants.
Nous savons également le rôle qu'elle joue
dans le domaine de l'analyse et du commentaire des images.
Tout le monde connaît l'émission "Arrêt
sur images" qui chaque dimanche, nous dévoile
la face cachée ou masquée d'informations que
nous avions reçues un peu passivement et nous apprend
à les décrypter.
Quant
au CLEMI, le travail sur la relation des élèves
aux images est pour lui une priorité qui s'inscrit
dans le cadre de l'éducation aux médias. Depuis
1983, c'est la mission du centre national et de ses 30 équipes
académiques. Cette mission repose tout d'abord sur
une importante action de formation. Sur les 18000 enseignants
formés chaque année par le CLEMI, 4500 le
sont spécifiquement à l'analyse et à
l'impact de l'image d'information.
Ces
formations répondent à une attente forte des
enseignants, qui se disent confrontés à des
situations complexes d'"analphabétisme" de l'image
chez leurs élèves.
Le
travail du CLEMI est ensuite de produire des outils pédagogiques
conçus pour aider les enseignants dans leur pratique
quotidienne. C'est ainsi qu'ont été élaborés
des ouvrages tels que " Apprendre avec la télévision
" ou " L'image d'information à l'école primaire
" et que devrait voir le jour l'an prochain, je crois, un
DVD consacré au journal télévisé.
Il
importe par ailleurs de souligner que, depuis deux ans,
la Semaine de la presse à l'école a pour thème
"L'image d'actualité" et que plus de 4 millions d'élèves
ont abordé ce thème avec leurs enseignants,
à partir de documents pédagogiques conçus
par le CLEMI et ses partenaires des médias.
Toutes
ces actions, auxquelles il faut ajouter de très nombreux
colloques, nationaux et régionaux, donnent la mesure
des besoins pressants qui existent dans le contexte scolaire
sur la place des images dans la vie des élèves.
Elles montrent à l'évidence que le système
éducatif est conscient de l'enjeu et qu'il répond
aux besoins et aux attentes.
La
convention signée entre France 5 et le CLEMI va évidemment
contribuer à accroître encore le champ de ces
actions. Elle doit en effet permettre aux deux partenaires
:
-
de travailler ensemble sur et avec la télévision
dans l'école, afin d'éduquer les jeunes, tout
au long de leur scolarité, à la lecture et
à l'analyse des médias,
-
de favoriser une connaissance mutuelle par des échanges
professionnels et un regard croisé sur l'école
et la télévision,
-
d'inciter les élèves à communiquer
et à débattre autour de questions liées
à l'actualité.
Tout
cela étant rappelé, je crois que nous ne devons
pas nous arrêter en si bon chemin. L'Education nationale
se doit de poursuivre et d'amplifier les actions engagées
en matière d'apprentissage de la lecture critique
de l'image. Tous les rapports parus récemment sur
le sujet le recommandent, que soit celui de Blandine Kriegel
sur la violence à la télévision, celui
du Collectif inter-associatif Enfance Médias, le
CIEM, sur l'environnement médiatique des jeunes et
bien évidemment celui que vient de remettre Madame
la Défenseure des enfants, dont je tiens à
saluer la présence parmi nous aujourd'hui.
Les
enfants passent aujourd'hui en moyenne trois heures par
jour devant la télévision, soit moitié
plus que le temps consacré à n'importe quelle
autre activité. C'est pourquoi ils sont devenus une
cible privilégiée du marché des médias
et de la publicité. Nous sommes un des pays d'Europe
qui reçoit le plus de chaînes thématiques
jeunesse.
Sans
se substituer à la supervision des parents, qui est
essentielle, sans jeter la suspicion sur la télévision
qui a bien évidemment aussi un rôle pédagogique,
l'Ecole ne peut rester indifférente devant un tel
phénomène. Elle apprend aux jeunes à
commenter un texte, à analyser un tableau ou une
symphonie, comment pourrait-on les laisser devant la télévision
sans les doter des clés, des codes et des méthodes
qui leur permettent d'exercer vis-à-vis d'elle et
des informations qu'elle délivre leur esprit critique
?
Il
en va là de son rôle civique. Car qu'est-ce
qu'un citoyen et un citoyen libre, sinon un individu pleinement
capable d'analyser et de relativiser les informations qu'il
reçoit ? Si l'on est rigoureux, si l'on apprend à
vérifier ses sources, à ne pas se laisser
aller à la facilité de la rumeur, si l'on
comprend qu'une information se lit dans un contexte, alors
c'est une pratique quotidienne de la démocratie qui
est proposée, une clé pour participer activement
au débat. Doit-on se contenter d'écouter ceux
qui vivent sous des régimes autoritaires nous dire
à quel point nous jouissons d'un bien précieux
? Il ne suffit pas de défendre la démocratie,
il faut aussi la promouvoir. L'Ecole a la capacité
de la faire découvrir.
Je
souhaite que, sur toutes ces questions, le CLEMI continue
de jouer un rôle central. Depuis vingt ans, il a fait
la preuve de ses atouts que sont la capacité à
participer à la mise en place d'une pédagogie
de l'action qui part du terrain, l'aptitude à faire
travailler ensemble les acteurs de l'école en liaison
avec les médias, le réseau particulièrement
actif qu'il a constitué, tant en France qu'à
l'étranger.
C'est
pourquoi, Mesdames et Messieurs, je tiens à vous
confier la mission d'élaborer un livret d'exercices
pédagogiques pour aider les enseignants à
aborder l'image au collège et au lycée. Son
objectif serait de permettre aux élèves de
mieux apprendre à décrypter non seulement
l'information, mais l'ensemble des images télévisées,
c'est à dire les fictions, les dessins animés
ou encore les émissions de télé-réalité.
Ce document, qui pourrait être conçu sur le
modèle du dossier pédagogique accompagnant
la semaine de la presse à l'école, devrait
pouvoir être diffusé dans les établissements
vers la fin du deuxième trimestre de cette année
scolaire.
En
tout état de cause, je tiens à vous dire tout
le plaisir que j'ai eu à vous rencontrer et toute
l'attention que je continuerai de porter à l'ensemble
de vos travaux. Je souhaite un plein succès au partenariat
désormais instauré entre le CLEMI et France
5.
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