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LES MÉDIAS SUR INTERNET : ressources et enjeux pédagogiques
stage national, mai 1999

Créer un journal sur Internet avec un prolongement papier: le cas de Transfert
Conférence de Dorothée Tromparent, rédactrice en chef adjointe de Transfert

Télécharger ici le texte qui suit

Savoir ce qu'est devenu )transfert: un article de Libération de décembre 1999

La création de )transfert

L'équipe

)transfert a été créé par une équipe de jeunes journalistes qui ont tous autour de 30 ans. Les trois fondateurs ont d'abord travaillé pour des journaux importants: Christophe Agnus, le rédacteur en chef, était grand reporter à l'Express, Pascal Barollier, rédacteur en chef adjoint, a travaillé 15 ans à l'AFP, et moi, je suis passée par Le Monde, Télérama, puis l'Européen.
La particularité de )transfert, c'est d'allier un magazine papier, bimestriel, et un site Web. Le site a été lancé en octobre 1998 et le premier numéro du magazine est sorti le même jour, tiré à 80.000 exemplaires avec une vente de 35.000.
Pour faire le magazine et le site, nous sommes huit personnes en tout, hors pigistes: quatre personnes à la rédaction, deux qui s'occupent plutôt du site et deux de la fabrication et de la maquette. Comme eux deux sont basés à Montpellier, nous travaillons exclusivement via Internet, par messagerie, et nous sommes tous polyvalents, travaillant à la fois pour le magazine et pour le site. La plupart de nos contacts avec l'extérieur se font aussi par e.mail, avant le contact direct bien sûr. Internet, pour nous, est un gain de temps considérable.

Le nom

Nous avons appelé le site )transfert parce que nous avons trouvé que c'était un beau mot: c'est à la fois horizontal et vertical, c'est un lien entre les gens. Et puis nous nous sommes aperçus que le public mettait dans le nom beaucoup de choses que nous n'avions pas vues. La parenthèse a été inventée par le directeur artistique, pour mettre un peu de peps visuel au titre. La encore, les gens interprètent la parenthèse chacun à leur manière: un journal qui va vers l'avant, qui récupèrent l'information et la diffuse... Tout cela nous va très bien!

Le financement

Pour financer ce projet, il a été impossible de trouver des capitaux auprès des banques ou de groupes de presse existants, nous avons donc fait appel à nos amis. Le capital de départ de )transfert est réparti entre 84 actionnaires, nos copains, ce qui a l'avantage de créer une vraie chaîne de solidarité.
Pour le financement ultérieur, nous envisageons des partenariats avec des sites qui ont besoin de contenus et d'information, comme celui de la FNAC. En revanche, nous ne prévoyons pas de développer la vente en ligne, parce que c'est un autre métier, qui n'est pas le nôtre. Le magazine et la publicité en ligne devrait permettre de rentabiliser le site.

Les contenus de )transfert

Nous voulons être un site d'information, mais comme nous n'avons pas les moyens de la Tribune Interactive, du Monde ou du magazine américain Wired, nous avons choisi d'être différent en exploitant toutes les possibilités du Web.

Notre angle principal, c'est de parler des bouleversements de société liés aux nouvelles technologies, leur effet sur les gens, les sociétés, sur l'économie aussi. Nous cherchons avant tout à donner des informations en racontant des histoires. Venant des grands journaux, nous ne voulions pas refaire l'éternel dossier bouclé en douze pages avec les trois intervenants toujours les mêmes, trois photos et deux encadrés. Nous voulions prendre le temps de raconter à travers les gens, de donner la parole aux acteurs et non aux analystes, de prendre le lecteur par la main. C'est pour cela que nous utilisons toutes les formes d'écriture, du fait traité sous forme de brève comme du reportage et du commentaire, du texte comme de l'image et du son.

Nous voulions aussi montrer ce que peut être la complémentarité entre un site Web et un magazine. Dès le départ le site Web a été conçu vis à vis du magazine et inversement. Si le magazine est bimestriel, nous essayons d'actualiser le site deux fois par semaine. En septembre 1999, le magazine devrait passer mensuel, et l'actualisation du site quotidienne. Nous savons maintenant que les 3/4 de nos abonnés au magazine ont une adresse e.mail, et que le nombre de connexions explose au moment de la parution du numéro. Ce qui prouve qu'il y a une réelle complémentarité entre les deux supports du côté des lecteurs. De notre côté, nous surfons souvent sur le Web, où nous trouvons 30 à 40% de nos idées d'articles.
Actuellement, nous en sommes à 200.000 pages vues par mois (contre 800.000 à l'Express, par exemple).

Quels sont les principes essentiels de la complémentarité papier/Web?

Les "compléments codés"

Certains articles du magazine sont accompagnés d'un numéro qui donne accès, sur le site, à des compléments: c'est en général tout le matériel journalistique que nous n'avons pas utilisé dans le magazine, mais cela peut aussi être l'adresse d'autres sites qui sont liés mais dont on ne souhaitait pas parler dans le papier.
Par exemple, nous éditons dans le magazine le portrait d'un médiateur en ligne, quelqu'un qui essaie de résoudre tous les petits litiges qui interviennent sur Internet avant d'aller en justice. Sur le site, nous approfondissons en parlant de tous les types de médiateurs en France et à l'étranger.
Ou bien nous donnons une liste de sites intéressants pour qui veut s'informer en ligne sur le Kosovo.

Traitement multimédia d'articles publiés dans le magazine

En général, nous sommes plutôt dans le sens "papier vers Web", et nous adaptons des papiers du magazine pour le site Web en passant au multimédia. Par exemple, couplé à un reportage texte sur un laboratoire médical, nous avons mis en ligne un reportage photo.
Mais il arrive aussi, à l'inverse, que des reportages du Web trouve une traduction dans le magazine. Ainsi l'affaire altern.org a d'abord été couverte sur le site. Nous avons rencontré le responsable du site, Valentin Lacambre, et nous avons mis en ligne une interview filmée et sonore.

L'écriture multimédia doit prendre en compte le fait que l'internaute "balaie" beaucoup la page, son oeil passe, s'en va, revient. Il entre moins souvent dans un article que sur le papier. Il faut toujours garder cela à l'esprit en composant son reportage. En préparant ma rencontre avec Valentin Lacambre par exemple, au lieu de faire une simple interview, j'ai tout de suite imaginé de diffuser les quatre questions en vidéo. C'était donc pour moi une autre forme d'écriture. Ensuite, au lieu de faire un papier construit, un déroulé de l'histoire accompagné d'un encadré, j'ai pensé à un glossaire, proche de l'encadré, mais plus nerveux que ce que nous aurions fait sur le papier. En fait c'est une écriture qui se situe entre la presse écrite et la radio.

Globalement, nos articles n'excèdent pas trois feuillets. S'il est nécessaire d'être plus détaillé, le dossier est divisé en plusieurs entrées. C'est notamment le cas quand on suit l'actualité. Lorsqu'on traite une affaire, il faut à la fois tenir compte des gens qui découvrent le sujet et ne pas lasser ceux qui l'ont suivi depuis quelques jours. Ce qui est intéressant avec Internet, c'est que l'on peut écrire au fur et à mesure que tombe l'information, en gardant accessible le fond du dossier. Il suffit d'actualiser un papier ancien en mentionnant la date de remise à jour, ou d'écrire un nouveau papier, une nouvelle photo.

"Quoi de neuf"

C'est une rubrique qui reprend notre "webdomadaire", c'est-à-dire la liste de diffusion qui annoncent à nos abonnés six nouveautés de notre site et six informations brèves que nous avons repérées sur le Web. Nous pouvons ainsi valoriser, par exemple, des interviews réalisées par e.mail, donc très rapidement, avec des gens qui habitent très loin de Paris. Nous avons également présenté une enquête faite auprès des grandes entreprises françaises pour voir à quelle vitesse elles répondaient à leur e.mail.

Les "Carnets de route"

Quand un journaliste part en reportage, il nous ramène ses carnets de route, l'histoire de son reportage. Il écrit un reportage classique pour le magazine, et enrichit son article en reprenant les anecdotes de son voyage sur le site. Nous avons ainsi mis en ligne, en défilement de gauche à droite comme une pellicule photo, le carnet de route d'un reportage.

Ce qui est propre au Web, les forums

Pour éviter les dérapages fréquents dans les forums, nous avons voulu les sécuriser. Nous demandions aux gens de s'enregistrer avant d'accéder à la lecture des thèmes de forums et des messages. Nous nous sommes vite rendus compte que cela les bloquait complètement, et nous avons laissé la lecture des forums en accès libre. C'est au moment de l'envoi d'un message qu'il faut maintenant donner son mél et son nom.

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