La création de )transfert
L'équipe
)transfert
a été créé par une équipe
de jeunes journalistes qui ont tous autour de 30 ans.
Les trois fondateurs ont d'abord travaillé
pour des journaux importants: Christophe Agnus, le
rédacteur en chef, était grand reporter
à l'Express, Pascal Barollier, rédacteur
en chef adjoint, a travaillé 15 ans à
l'AFP, et moi, je suis passée par Le Monde,
Télérama, puis l'Européen.
La particularité de )transfert, c'est d'allier
un magazine papier, bimestriel, et un site Web. Le
site a été lancé en octobre 1998
et le premier numéro du magazine est sorti
le même jour, tiré à 80.000 exemplaires
avec une vente de 35.000.
Pour faire le magazine et le site, nous sommes huit
personnes en tout, hors pigistes: quatre personnes
à la rédaction, deux qui s'occupent
plutôt du site et deux de la fabrication et
de la maquette. Comme eux deux sont basés à
Montpellier, nous travaillons exclusivement via Internet,
par messagerie, et nous sommes tous polyvalents, travaillant
à la fois pour le magazine et pour le site.
La plupart de nos contacts avec l'extérieur
se font aussi par e.mail, avant le contact direct
bien sûr. Internet, pour nous, est un gain de
temps considérable.
Le
nom
Nous
avons appelé le site )transfert parce que nous
avons trouvé que c'était un beau mot:
c'est à la fois horizontal et vertical, c'est
un lien entre les gens. Et puis nous nous sommes aperçus
que le public mettait dans le nom beaucoup de choses
que nous n'avions pas vues. La parenthèse a
été inventée par le directeur
artistique, pour mettre un peu de peps visuel au titre.
La encore, les gens interprètent la parenthèse
chacun à leur manière: un journal qui
va vers l'avant, qui récupèrent l'information
et la diffuse... Tout cela nous va très bien!
Le
financement
Pour
financer ce projet, il a été impossible
de trouver des capitaux auprès des banques
ou de groupes de presse existants, nous avons donc
fait appel à nos amis. Le capital de départ
de )transfert est réparti entre 84 actionnaires,
nos copains, ce qui a l'avantage de créer une
vraie chaîne de solidarité.
Pour le financement ultérieur, nous envisageons
des partenariats avec des sites qui ont besoin de
contenus et d'information, comme celui de la FNAC.
En revanche, nous ne prévoyons pas de développer
la vente en ligne, parce que c'est un autre métier,
qui n'est pas le nôtre. Le magazine et la publicité
en ligne devrait permettre de rentabiliser le site.
Les contenus de )transfert
Nous
voulons être un site d'information, mais comme
nous n'avons pas les moyens de la Tribune Interactive,
du Monde ou du magazine américain Wired, nous
avons choisi d'être différent en exploitant
toutes les possibilités du Web.
Notre
angle principal, c'est de parler des bouleversements
de société liés aux nouvelles
technologies, leur effet sur les gens, les sociétés,
sur l'économie aussi. Nous cherchons avant
tout à donner des informations en racontant
des histoires. Venant des grands journaux, nous ne
voulions pas refaire l'éternel dossier bouclé
en douze pages avec les trois intervenants toujours
les mêmes, trois photos et deux encadrés.
Nous voulions prendre le temps de raconter à
travers les gens, de donner la parole aux acteurs
et non aux analystes, de prendre le lecteur par la
main. C'est pour cela que nous utilisons toutes les
formes d'écriture, du fait traité sous
forme de brève comme du reportage et du commentaire,
du texte comme de l'image et du son.
Nous
voulions aussi montrer ce que peut être la complémentarité
entre un site Web et un magazine. Dès le départ
le site Web a été conçu vis à
vis du magazine et inversement. Si le magazine est
bimestriel, nous essayons d'actualiser le site deux
fois par semaine. En septembre 1999, le magazine devrait
passer mensuel, et l'actualisation du site quotidienne.
Nous savons maintenant que les 3/4 de nos abonnés
au magazine ont une adresse e.mail, et que le nombre
de connexions explose au moment de la parution du
numéro. Ce qui prouve qu'il y a une réelle
complémentarité entre les deux supports
du côté des lecteurs. De notre côté,
nous surfons souvent sur le Web, où nous trouvons
30 à 40% de nos idées d'articles.
Actuellement, nous en sommes à 200.000 pages
vues par mois (contre 800.000 à l'Express,
par exemple).
Quels sont les principes essentiels de la complémentarité
papier/Web?
Les "compléments codés"
Certains
articles du magazine sont accompagnés d'un
numéro qui donne accès, sur le site,
à des compléments: c'est en général
tout le matériel journalistique que nous n'avons
pas utilisé dans le magazine, mais cela peut
aussi être l'adresse d'autres sites qui sont
liés mais dont on ne souhaitait pas parler
dans le papier.
Par exemple, nous éditons dans le magazine
le portrait d'un médiateur en ligne, quelqu'un
qui essaie de résoudre tous les petits litiges
qui interviennent sur Internet avant d'aller en justice.
Sur le site, nous approfondissons en parlant de tous
les types de médiateurs en France et à
l'étranger.
Ou bien nous donnons une liste de sites intéressants
pour qui veut s'informer en ligne sur le Kosovo.
Traitement multimédia d'articles publiés
dans le magazine
En
général, nous sommes plutôt dans
le sens "papier vers Web", et nous adaptons des papiers
du magazine pour le site Web en passant au multimédia.
Par exemple, couplé à un reportage texte
sur un laboratoire médical, nous avons mis
en ligne un reportage photo.
Mais il arrive aussi, à l'inverse, que des
reportages du Web trouve une traduction dans le magazine.
Ainsi l'affaire altern.org a d'abord été
couverte sur le site. Nous avons rencontré
le responsable du site, Valentin Lacambre, et nous
avons mis en ligne une interview filmée et
sonore.
L'écriture
multimédia doit prendre en compte le fait que
l'internaute "balaie" beaucoup la page, son oeil passe,
s'en va, revient. Il entre moins souvent dans un article
que sur le papier. Il faut toujours garder cela à
l'esprit en composant son reportage. En préparant
ma rencontre avec Valentin Lacambre par exemple, au
lieu de faire une simple interview, j'ai tout de suite
imaginé de diffuser les quatre questions en
vidéo. C'était donc pour moi une autre
forme d'écriture. Ensuite, au lieu de faire
un papier construit, un déroulé de l'histoire
accompagné d'un encadré, j'ai pensé
à un glossaire, proche de l'encadré,
mais plus nerveux que ce que nous aurions fait sur
le papier. En fait c'est une écriture qui se
situe entre la presse écrite et la radio.
Globalement,
nos articles n'excèdent pas trois feuillets.
S'il est nécessaire d'être plus détaillé,
le dossier est divisé en plusieurs entrées.
C'est notamment le cas quand on suit l'actualité.
Lorsqu'on traite une affaire, il faut à la
fois tenir compte des gens qui découvrent le
sujet et ne pas lasser ceux qui l'ont suivi depuis
quelques jours. Ce qui est intéressant avec
Internet, c'est que l'on peut écrire au fur
et à mesure que tombe l'information, en gardant
accessible le fond du dossier. Il suffit d'actualiser
un papier ancien en mentionnant la date de remise
à jour, ou d'écrire un nouveau papier,
une nouvelle photo.
"Quoi de neuf"
C'est
une rubrique qui reprend notre "webdomadaire", c'est-à-dire
la liste de diffusion qui annoncent à nos abonnés
six nouveautés de notre site et six informations
brèves que nous avons repérées
sur le Web. Nous pouvons ainsi valoriser, par exemple,
des interviews réalisées par e.mail,
donc très rapidement, avec des gens qui habitent
très loin de Paris. Nous avons également
présenté une enquête faite auprès
des grandes entreprises françaises pour voir
à quelle vitesse elles répondaient à
leur e.mail.
Les "Carnets de route"
Quand
un journaliste part en reportage, il nous ramène
ses carnets de route, l'histoire de son reportage.
Il écrit un reportage classique pour le magazine,
et enrichit son article en reprenant les anecdotes
de son voyage sur le site. Nous avons ainsi mis en
ligne, en défilement de gauche à droite
comme une pellicule photo, le carnet de route d'un
reportage.
Ce qui est propre au Web, les forums
Pour
éviter les dérapages fréquents
dans les forums, nous avons voulu les sécuriser.
Nous demandions aux gens de s'enregistrer avant d'accéder
à la lecture des thèmes de forums et
des messages. Nous nous sommes vite rendus compte
que cela les bloquait complètement, et nous
avons laissé la lecture des forums en accès
libre. C'est au moment de l'envoi d'un message qu'il
faut maintenant donner son mél et son nom.
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