Les
médias en ligne ont considérablement
évolué en cinq ans. Presse écrite,
radios, télévisions, mais aussi webzines
(n'existant que sur le Web) sont apparus au fil du
temps et chaque site a évolué à
son rythme. Si bien qu'en les comparant aujourd'hui
en classe, les élèves voient clairement
coexister différentes strates de développement.
Des sites miroir
La
presse écrite est arrivée sur le Net
en offrant à l'internaute un miroir de l'édition
papier : Les Dernières Nouvelles d'Alsace,
Libération, Le Monde proposaient en 1995 des
sélections d'articles publiés, une image
de la Une du quotidien (exemple: la
page d'accueil du Monde, oct. 1996)...
Aujourd'hui, les sites de presse les plus complets
offrent non plus une sélection de leurs articles,
mais le contenu quasi complet de leur édition
papier. Une étude comparative
de Libération, par exemple, permet de mesurer
les écarts entre le quotidien papier et le
quotidien multimédia.
Cependant, depuis 1998 environ, ces grands sites ne
se limitent plus à un simple "miroir". Ils
utilisent les fonctions majeures d'Internet que sont
l'archivage, l'interactivité, le flux, les
services et plus récemment le commerce électronique.
Des sites de notoriété
Certains
journaux sont uniquement des "sites de notoriété".
Avant de proposer des informations ou des services,
ils s'affichent, manifestant ainsi à la fois
l'existence du journal et celle de l'entreprise de
presse dont ils dépendent. Ainsi, les titres
jeunesse du groupe Play Bac (Mon
Quotidien, Le
Petit Quotidien et L'Actu)
possèdent chacun leur adresse, qui renvoie
sur une simple page publicitaire. Ces sites n'ont
pas d'approche journalistique, mais montrent clairement
l'imbrication entre rédactionnel et commercial,
entre information et communication.
Plus informatifs, mais tout autant vitrine de l'entreprise,
des quotidiens comme La
République des Pyrénées,
Le Dauphiné
Libéré ou le Figaro
donnent des échantillons d'informations à
lire, renvoyant implicitement au papier et assurant
la promotion économique de l'entreprise de
presse et de son support. Si ces journaux ne proposent
aucun contenu journalistique, c'est généralement
pour des raisons juridiques. Une entreprise de presse
ne peut légalement mettre en ligne des articles
sans avoir passé d'accord sur les droits d'auteur
avec les journalistes.
Des sites d'information en continu
Internet
permet une transmission à la fois immédiate
et permanente de l'information. Les entreprises de
presse qui tendent à réduire au maximum
la durée entre l'événement et
sa publication exploitent ces facilités de
diverses manières.
Les radios utilisent Internet pour diffuser en direct,
parallèlement à leur diffusion hertzienne
(par exemple: la radio en continu de France
Info). Des quotidiens comme Les
Echos tendent à multiplier les mises à
jour, produisant ainsi parfois plusieurs "éditions"
partielles le même jour. Une agence de presse
comme l'AFP,
quant à elle, a inventé un nouveau type
de service, "le journal Internet" : l'agence offre
aux internautes, via des sites clients que sont les
quotidiens, une information en flux continu, une nouvelle
chassant l'autre.
Une nouvelle famille de presse
Parallèlement
aux médias "traditionnels" sont apparus des
médias spécifiques au Web, les webzines.
À la différence de la presse papier
se diversifiant en ligne, ces nouveaux journaux sont
nés avec un concept éditorial et visuel
spécifique.
Beaucoup d'entre eux cultivent un ton décalé,
parfois provocateur (par exemple: The
(virtual) baguette, un magazine culturel en français,
qui a choisi le 1er avril 1995 pour lancer son premier
numéro). Ils se spécialisent sur le
culturel ou l'informatique, s'ancrent dans la lignée
de la presse d'opinion militante ou choisissent le
créneau de la citoyenneté. S'ils s'inspirent
souvent de la presse papier, certains, comme la
Citoyenne, se lancent dans des concepts de télévision
interactive.
Un
nouveau type de communication
Après
ces années d'expérimentation, la presse
et l'audiovisuel en ligne se sont transformés
très profondément, conjuguant les apports
des médias antérieurs et les caractères
propres au média électronique. L'étude
de cette transformation impliquerait d'envisager le
fonctionnement économique de la presse en ligne,
les techniques d'écriture et de mise en forme
de l'information, le rapport des journalistes aux
sources, le rôle social de ces médias...
Voici trois questions permettant d'aborder ces évolutions:
le mode de communication du journal avec ses lecteurs
est-il modifié? en quoi l'hypertexte fait-il
évoluer l'écriture de presse? la convergence
entre le texte, l'image et le son fait-elle apparaître
une écriture multimédia?
Nouveaux rapports entre émetteurs et récepteurs
La
caractéristique majeure de ces nouveaux médias
est de combiner plusieurs formes de communication.
Ils ont généralement gardé le
schéma des médias de masse dont ils
sont issus, c'est-à-dire une relation plus
ou moins unidirectionnelle d'un émetteur, le
groupe de presse, vers une pluralité de récepteurs:
c'est la relation "un-tous". Ainsi en est-il des cyberjournaux
qui publient de l'information d'actualité,
quotidienne ou spécialisée, nationale
ou régionale. C'est aussi le cas des sites
qui adressent une "lettre" par liste de diffusion
à des internautes qui s'y sont abonnés
(par exemple la chaîne
de télévision M6).
La
plupart d'entre eux proposent aussi une communication
directe entre journaliste et internaute. Avec ce schéma
"un-un", le journal ajoute la dimension interpersonnelle,
de type postal si elle est différée
(avec les messageries), ou de type téléphonique
si elle se passe en direct (le chat). C'est un dialogue
qui existe sans Internet, mais qu'Internet a facilité
et dont il pourrait généraliser la pratique.
Au dialogue avec le lecteur s'ajoute la mise en place
d'espaces d'échanges entre internautes. L'hebdomadaire
Marianne,
par exemple, consacre l'essentiel de son site non
à l'information, qu'il laisse au journal papier,
mais à la communication et aux échanges
notamment grâce à ses forums. Avec ces
espaces de débat public généralement
laissés grand ouverts à l'expression
des internautes, le cyberjournal instaure une forme
de communication horizontale, une relation "tous-tous"
entre lecteurs dans lesquels la rédaction du
journal n'intervient pas toujours.
Naviguer dans le journal
Internet
induit un nouveau mode de lecture, que l'on a coutume
d'appeler "navigation", et un nouveau mode d'écriture,
caractérisé par un découpage
de l'information en unités reliées entre
elles par des liens hypertexte. Quelle est la nature
du lien qui relie ces informations? S'agit-il de liens
internes qui envoient sur une autre page du même
site, ou de liens externes qui envoient sur un autre
site? De ce point de vue, les stratégies éditoriales
diffèrent.
La
plupart des sites privilégient les liens internes
pour garder le lecteur captif. Ils s'inscrivent dans
la tradition de l'écriture journalistique,
et dans la logique économique des entreprises,
dont le principe est d'accrocher puis de garder son
lecteur le plus longtemps possible. À l'intérieur
d'une même rubrique, les liens hiérarchisent
physiquement l'information: ils séparent le
titre et le chapeau de l'article lui-même (voir
la présentation des dépêches d'agence),
ou ils complètent l'information par une définition,
une explication, une illustration, un autre point
de vue...
D'autres,
au contraire, prennent le risque de distraire le lecteur
et lui donnent des occasions de quitter le site. Si
cette pratique est en contradiction avec les règles
de base de l'écriture journalistique, elle
est en revanche dans l'esprit du Web, réseau
ouvert conçu pour faciliter la circulation.
On peut également considérer que lorsqu'un
média en ligne propose un catalogue de liens
sur un dossier d'actualité (événement
sportif, fait de société, affaire judiciaire...),
il a recours à un genre journalistique classique,
celui de la revue de presse, en l'adaptant à
Internet.
Des sites multimédias
Les
médias en ligne commencent maintenant à
diffuser une information réellement "multi
média". Ce sont naturellement les télévisions
qui ont expérimenté les premières
la convergence entre texte, image et son. À
sa naissance, l'audiovisuel en ligne a été
contraint d'abandonner son écriture spécifique,
celle de l'image et du son, pour adopter l'écrit.
Fin 1996, France 2 publiait intégralement le
texte des certaines émissions, France 3 utilisait
des mosaïques d'images fixes pour créer
une animation visuelle...
Aujourd'hui, ces modes d'écritures coexistent.
Les nouvelles diffusées sur les chaînes
de radio et de télévision ressemblent
toujours à des dépêches d'agence,
mais sont très souvent couplées à
des fichiers son ou audiovisuel (voir France Info
et sa "radio en couleurs"). À l'inverse, au
printemps 1999, le magazine Transfert, journal électronique
couplé à une édition papier,
a diffusé en ligne sa première interview
en vidéo.
Nul doute que dans les mois qui viennent, les rédactions
s'interrogeront sur la convergence des trois supports
et leurs apports conjoints à l'information.
Isabelle
Bréda, Clemi
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